Le breuvage de la légèreté

Point de départ

Il pleuvait comme aujourd’hui. Je me revois courir vers ma voiture en glissant presque sur le bitume détrempé. Assise face à mon volant, j’avais pris un peu de temps avant d’allumer le contact, suffisamment pour que les vitres soient recouvertes d’une légère buée, imprégnant plus encore mon état embrumé.

« – C’est le seul aliment à supprimer, Agnès, car pour tout le reste, je n’ai rien à redire.

- Comment je vais y arriver ? J’en ai tellement besoin, par quoi le remplacer ?

- Je vais vous aider et vous redécouvrirez alors d’autres sensations tellement plus apaisantes. »

Noémie me tenait les mains tout en prononçant ces paroles et mon regard s’enfonçait sans résistance dans le sien si intense et si clair à la fois. J’avais pris une grande bouffée de respiration et j’avais promis ; je m’étais engagée.

Dans quel état j’…riziere 3

« Ah ! La belle histoire ! Je vais devoir tenir mes engagements maintenant. Oups, j’aurais p’t’être du réfléchir un peu avant, ruser, me défiler, mentir un peu. » Voilà, ce à quoi je pensais avant de reprendre ma route.

Et puis j’ai roulé, des jours, des semaines et des mois. Le paysage s’est mis à changer, sans que je m’en aperçoive au début et petit à petit bien que la lumière de l’hiver soit si peu radieuse, des étincelles se sont mises à faire rayonner mon intérieur.

J’ai tout d’abord fait du ménage dans mes placards et pas au sens figuré, non, croyez-moi ! Un vrai ménage de printemps en novembre ! Les farines blanches et raffinées, les sucres du même type, les barres chocolatées et autres confiseries aux couleurs toutes plus chimiques les unes que les autres, le lait UHT demi-écrémé de surcroit, les yaourts brassées au bifichtruc bien chers et pas actifs du tout… Bref, la liste est longue. Tout ça, out !

Bon, d’accord, j’en ai gardé quelques uns, histoire que mes hommes trouvent tout de même de quoi se sustenter. (Camille ? Elle aura qu’à faire comme moi !) J’ai opéré aussi des réagencements du plan de travail, de mes étagères à épices. Mon petit monde a regardé d’un œil amusé tout ce remue-ménage, partant malgré lui vers de jolies découvertes au prime abord olfactives ; on verra plus tard pour l’extension totale de mes pratiques. J’tiens pas à être lynchée, au détour d’un dîner tranquille, par une horde d’enfants affamés qui a super la dalle en apparence !

Des goûts, des couleurs, des odeurs

Il m’aura fallu augmenter mon stock de pots de confiture vides, me procurer de belles étiquettes. Et j’ai commencé à verser des poudres de toutes les couleurs, de toutes les odeurs et surtout de tous les parfums. Je me suis rendue compte qu’instinctivement, j’avais déjà dans mon herbier culinaire des plantes miracles puisque j’ai toujours eu une adoration pour le cumin, la cannelle, le sésame, le gingembre, etc.… Et surtout… J’ai jeté certains produits franchement totalement non-indispensables par le vide à ordure ! Et oui, j’ai encore un vide à ordure sur mon balcon, côté cuisine et je vous assure que c’est super pratique.

Je me rappelle le retour de mon premier « marché » avec la poudre verte qu’il me fallait ingurgiter trois fois par jour, la farine VATA (kesscékça ?), le ghee (re-kesscékça ?), le halva chocolaté, les graines à mâchouiller, le sachet de tisane « chaï Eveil »… J’étais dépitée d’imaginer que durant quelques semaines, c’était mon seul et unique régime alimentaire ! Finis les cheese-cakes double chocolat, les petits plats mijotés, les gâteaux à pâte levée, les mac-do et les pizzas (bon, pour ces derniers, pas trop difficile puisque ça n’a jamais vraiment été ma tasse de thé !).

« – Dis ! Et on fait comment maintenant ? »

Mais comment cuisiner tout ça ? Vite, un coup de fil à Isabelle qui m’indique oralement quelques astuces et me promet de m’envoyer plus tard quelques très bonnes recettes. Alors, j’ai testé, j’ai expérimenté, j’ai goûté, j’ai grimacé au début, j’ai équilibré les saveurs (Tom s’est pas mal moqué de moi me comparant à Papi Jacques et ses expériences) et tout doucement, j’ai pris un plaisir incroyable à me préparer une simple soupe accompagnée d’une galette frugale.

Aujourd’hui, cela reste mon moment de détente du midi, lorsque je prépare presque amoureusement mon repas, en dosant ci un peu de Curry Madras, là un peu de Tri katu au gingembre, ou encore ici une pointe d’origan pour mieux relever l’ail des ours dans la galette aux graines de pavot. Je pourrais repasser à une alimentation traditionnelle, mais sincèrement, je n’ai pas envie et surtout je crois je ne saurais plus le faire ! Mais sans attendre, je vous livre ma recette, d’autant que par ce temps, elle pourra sans doute en réchauffer plus d’un.

La recette

soupePour la soupe :

– 3 càs de farine haricot/mungo VATA

– 1 à 2 càc d’épices (curry madras, herbes de Provence, garam masala, etc.)

– 1 càs de ghee – environ 350 ml d’eau – Sel (facultatif)

Pour la galette :mungo

– 3 càs de farine haricot/mungo VATA

– 1 à 2 càc d’épices (curry madras, herbes de Provence, garam masala, etc.)

– 1 càs de ghee – Eau – Sel (facultatif)

(Oh ! J’en vois déjà qui se disent : c’est les mêmes ingrédients !? Et moi de répondre : Oui mais c’est pas cuisiné pareil !)

Je commence tout d’abord par mélanger à froid les ingrédients pour la galette, jusqu’à obtenir une pâte épaisse (comme du fromage blanc) que je laisse reposer le temps de faire la soupe.

Dans une casserole, je verse les poudres puis le ghee et enfin j’ajoute de l’eau tiède. Je fais chauffer à feu moyen jusqu’à obtenir quelques bouillons que je maintiens environ une à deux minutes. Puis j’arrête la cuisson et je couvre pour que cela reste au chaud le temps de faire la galette.

J’attrape ma super crêpière De Buyer et j’y verse mon mélange qui aura un tout petit peu épaissi, mais à peine. Je fais cuire trois bonnes minutes de chaque côté pour que la consistance soit bien croustillante. Sur un plateau, je dépose un bol de soupe fumant avec la galette. Je rejoins ma Chatoune qui a élu domicile sur la table du salon (autorisation exceptionnelle, vu son état bedonnant avancée !) Et je me régale.

Bon appétit !