Gougère de Lozère

Vous ne connaissez pas la Gougère ? Ces choux grassouillets et dodus, largement aromatisés au gruyère ou comté, que l’on mange accompagnés d’une bonne salade ?

C’est vrai que le tour de main réside dans la confection de la pâte qui en est une à choux : c’est une pâte sportive et faut « suer » pour avoir le gonflé ! Mais franchement, ça vaut de mouiller sa chemise, croyez moi.

Mais avant, voici la petite histoire que la gougère a laissé sur mes papilles du souvenir.

Vacances d’été

« En route pour Mazérac ! » lançait mon père joyeusement en s’agrippant au volant de notre belle R16, vert olive. Il jetait un œil dans le rétro pour voir si tout le monde était là. A cette époque, pas de ceinture obligatoire, juste d’avoir le compte de la marmaille en ne l’ayant pas laissée (malen)contreusement sur une aire d’autoroute.Paysage de forêt

Cette phrase, on l’avait concoctée la première année de nos vacances dans ce tout petit village près du Malzieu et pas très loin de Saint Chély d’Apcher. Quoi, ça vous fait rire ce nom ? Vous auriez peut-être préféré sa première appellation « Saint-Hilaire-du-Chapouillet » (euh Chapouillet, c’est pour la rivière traversant la petite ville) et ça, c’était son ancien nom avant la révolution française. Quel rapport avec Saint Chély. Bah, voyez-vous, les paysans du coin avaient une mauvaise prononciation et au lieu de dire Saint Hilaire, ils baragouinaient : Chain CHili, d’où le Saint Chély. Et le chat-pouillet a été remplacé par Apcher qui est l’une des huit baronnies du Gévaudan. Vous comprenez mieux ? Pour finir, les habitants sont naturellement appelés des Barrabans.

Caravane en dur

Mes parents avaient dégoté un petit gîte appartenant au seul fermier du hameau. Il se situait entre la vieille mairie-école désaffectée et, en haut, la ferme de notre propriétaire. Quand il faisait trop chaud et que mes parents faisaient la sieste, mon frère et moi adorions aller nous réfugier sur la place de l’école. Il y avait une fontaine et on y passait des heures à barboter jusqu’à ce que l’on soit chassé par un troupeau d’oies en délire. Il y avait aussi des poules que l’on coursait et des dindons que l’on imitait « couloucouloucoulou ! » (on aurait, peut-être, du mettre des cailloux dans notre gosier pour faire comme eux ?).

Point de hameçon ne faut !

En descendant sur la route en contre bas, on avait vue sur la Margeride (que j’ai longtemps appelée la Marjolaine !), une des chaînes montagneuses des Puys. Plus bas encore, il y avait un tout petit ruisseau qui allait se jeter dans la Truyère. On allait y patauger joyeusement, à l’affut des truites que Brigitte, la fille du fermier, nous avait appris à pêcher en les flattant sous le ventre. Oui, tout à fait ! Il faut être d’un calme olympien, ne pas bouger, se tenir près d’un gros rocher, viser sa proie venue se reposer dessous, glisser la main très, très, très doucement, puis caresser le « ventroux » de la miss. Ensuite, faut serrer d’un geste vif et claquant ! La rigolade, accroupi, à se cramponner à cette maudite chose bien visqueuse ! Nous, nous n’étions pas très doués et nous badions Brigitte qui pouvait nous en dégotter cinq belles à faire cuire pour le repas de midi !

Tu manges, t’ es mort !KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Toujours en descendant dans la vallée, il y avait tant de prairies. Nous y ramassions des coulemelles énormes pour remplir nos paniers. Dans ces chasses aux champignons, on partait souvent à l’assaut de la forêt pour que Monsieur Papa nous fasse découvrir tous les spécimens possibles et inimaginables ! J’aimais bien l’amanite tue mouche avec son rouge éclatant et ses points blancs qui ressemblaient à des grains de sucre. Mais pas touche, hein ! Parce que pas bon ! Un jour, on avait découvert un rond de sorcière de girolles ! Mon père était comme un fou ; il courrait partout, nous expliquant la spirale magique, et se mit à cueillir les trompettes avec frénésie. Le soir, ma mère nous fit une merveilleuse omelette pantagruélique dont mon père fit sûrement une overdose, puisqu’il fût malade toute la nuit !

Ho Hisse ! Ho Hisse !

On partait des fois dans de grandes virées cyclo-pédestres pour rejoindre le Malzieu. On débutait très tôt, chapeau de soleil à fleurs bleues et casquette kaki sur la tête, nos gourdes en plastique remplies d’eau à la grenadine. On roulait dans l’ordre normal : ma sœur en tête, mon frère intercalé entre elle et moi, moi petite (avant)-dernière et mon père bouclant la procession en protecteur qu’il était. Les derniers mètres qui nous séparaient du village étaient atroces : une grande montée sous forme de virage en épingle à cheveux s’imposait à nous. Papa avait beau me pousser, il arrivait toujours un moment où je mettais pied à terre et où je finissais en marchant (d’où la qualification de ces escapades). Finalement, en haut, c’était bien car une longue descente nous attendait et nous menait droit sur l’entrée de la ville avec son marché aux bestiaux.

A table !

Ma mère nous attendait là car elle ne pratiquait pas la bicyclette. Elle avait déjà fait un tour du marché et nous tendait les fruits achetés pour l’occasion. Pas autre chose étant donné que pour nous récompenser de notre exploit, nous allions déjeuner au Resto ! Ah ! Les repas au restaurant, c’était carrément la fête ! On se sentait « riche » parce qu’on était servi et qu’on n’avait rien à faire d’autre que dévorer nos assiettes. Moi, j’écoutais les remarques avisées de mon père, ce gourmet, et les critiques aiguisées de ma mère, cette cuisinière. Celui que l’on préférait était un hôtel-restaurant à Saint Alban sur Limagnolle ! J’adorais le dessert « Mystère », vous savez, celui à la glace à la vanille recouverte de pralin et en son cœur une meringue ! Je trouvais qu’il n’y avait pas de meilleur met même si pas du tout fait maison.

A vos marteaux, prêts ? Partez !

Ensuite on repartait le ventre rempli, les dents au bord de l’eau (oui, je sais, pas très ragoutant l’image). Certains reprenaient courageusement leur véhicule à deux roues et d’autres avaient souvent le droit de rentrer en voiture, l’engin à roulettes alors jeté à l’arrière dans le coffre, resté ouvert pour l’occasion. Quand on ne les avait pas, nos vélos, car à Saint Alban, on n’y allait pas comme ça, en revenant, on s’arrêtait dans les carrières de pierre pour chasser l’aigue marine et on revenait avec des cailloux en tout genre allant de la gemme presque violette à des morceaux de silicate vert topaze.

Atelier poterie

Une fois en revenant, alors que tout le monde roupillait dans le fond de la voiture, ma sœur se mit à hurler : « Papa arrête toi, là, tout de suite » ! L’ordre fût si convainquant que le pater empoigna le frein à main et fit un dérapage à la Starsky (meuh, non, je plaisante !). En tout cas, il s’arrêta. L’ainée courût vers le bas côté en nous montrant fièrement sa découverte : en effet, les parois du fossé était d’une couleur ocre pourpre, pour cause, c’était de l’argile. Nous v’là-t-y pas à sortir les pelles, les sacs en plastique et de creuser joyeusement pour les remplir d’une belle boue bien collante. En rentrant à la maison, nous avions laissé décanter la pâte et je ne sais par quel procédé nous avions pu obtenir une jolie terre à façonner ou à sculpter. Moi, je fis une tasse avec des boudins mis en rond les uns sur les autres, ma sœur créa une somptueuse figurine à la manière du penseur, rien que ça !

Y’ a plus de jus…

Une autre fois, mon père décida de prendre un raccourci qui se transforma vite en rallongement certain, le conducteur s’étant consciencieusement perdu dans ces petites routes à l’infini. Le problème arriva de la jauge à essence, limite dans le rouge. Il fallait trouver au plus vite une station. Alors, pour économiser le pétrole, Papa éteignit le contact et se mit en roue libre dans les descentes, nous demandant d’accompagner de nos bustes un mouvement de balancier ! Qu’est-ce qu’on a pu rigoler, sur le moment ! Et puis après, aussi, quand ayant grandi, nous avons réalisé que cette manœuvre ne servait strictement à rien !

Ce n’est pas grave parce qu’à chacune de nos nouvelles ballades au milieu du Puy de Dôme, lorsque nous envahissions le véhicule et que mon père démarrait la machine, il disait toujours : « En route pour Mazérac ! ».

Mais…

Où est la gougère dans tout cela ?

Tout simplement, ma mère avait pris l’habitude d’acheter dans tous les endroits où nous allions une carte postale culinaire dédiée à la spécialité du coin. C’est ainsi qu’elle découvrit ce plat qui est élaboré à partir d’une pâte à choux salée à laquelle on rajoute du fromage râpé. A la base, elle se cuit dans un moule à brioche mais ma mère préférait la disposer en chou individuel, couvrant ainsi une tôle à tarte de dix monticules de pâte. Une fois cuits et dorés à point, les gougères devenues plurielles sont servies avec une salade verte et c’est un délice pour un dîner.

De retour à Rambouillet, nous avions encore un bout de vacances sous la langue quand, en allant manger, on disait par l’odeur alléchée : « On mange des gougères auvergnates ce soir ! »

Petite dédicace « es-spéciale » à Stéphane qui comprendra pourquoi…

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La recette

Pour 4 personnes

Temps de préparation : 20 minutes

Temps de cuisson : 40 à 45 minutes, suivant votre four

Temps de repos : -

Four : 200° C ou thermostat 6-7

Coût :

Moyen cher

Difficulté : 

Moyen JPEG

Ingrédients :  gougère avant cuisson

  • ¼ de litre d’eau (ou 250 g ou même encore 250 ml),
  • 100 g de beurre,
  • ½ cc de sel, poivre du moulin,
  • 150 g de farine,
  • 4 œufs,
  • 100 g de fromage râpé (ma mère divise en deux : 60 g pour les choux, 40 pour le dessus. J’avoue que moi je préfère mettre à la louche voire un peu plus que 100 g et parsemer à peine le dessus).

Préparation :

  1. Porter à ébullition l’eau, le beurre et le sel.
  2. Y jeter d’un coup la farine et tourner jusqu’à obtenir une boule de pâte. La dessécher un peu (cela consiste à la chauffer pour qu’il se dépose sur les parois de la casserole une fine pellicule).
  3. Retirer du feu et laisser un peu refroidir pour ne pas risquer de cuire les œufs.
  4. Ajouter ceux-ci, un par un. C’est là que ça devient du sport ! Parce qu’un œuf jeté au milieu du mélange, au début on a l’impression qu’on ne pourra pas réussir à l’incorporer. Et puis, tout se lie d’un coup après avoir remuer tout cela énergiquement.
  5. Une fois, les 4 œufs ont été « adjoints », tourner cinq bonnes minutes la pâte afin de l’aérer (la gougère n’en sera que plus gonflée). C’est vrai, c’est pas facile non plus. Alors, moi j’adopte la même position que ma mère : je m’assoie sur une chaise (du coup, c’est dans le salon puisque dans la cuisine, y’a que des tabourets), j’attrape la casserole entre les jambes et je touille énergiquement.
  6. C’est à ce moment que l’on rajoute le fromage râpé. Lorsqu’il est mélangé, déposer sur une tôle à tarte, à l’aide d’une cuiller à soupe, environ 10 monticules sur lesquels sera saupoudré, généreusement ou non suivant les goûts, le reste du fromage.
  7. Enfourné à four chaud et cuire 40 minutes en surveillant à la fin, suivant la cuisson du four.

gougère dans le four

Bon appétit !